Le Grand Jeu

A l’indépendance des républiques d’Asie centrale et du Sud-Caucase, et à la suite de la première guerre du Golfe, les Etats-Unis décident d’étendre leur influence sur les nouveaux états riverains de la mer Caspienne. Une façon habile de se procurer une nouvelle source d’approvisionnement en hydrocarbures. Une vision qui s’oppose frontalement à celle de la Russie : l’ours a marqué de sa patte cette région, qu’il a baptisé son « étranger proche ». Les russes ne souhaitent en aucun cas perdre cette zone au profit des Américains. Une bataille d’influence commence entre les deux géants, intitulée le « Grand Jeu ». Une référence à la lutte entre la Russie tsariste et la Grande-Bretagne pour le contrôle de l’Asie centrale, au XIXe siècle.

Les dix années de l’ère Eltsine laissent l’image d’une Russie faible. Elle n’a plus les moyens financiers et militaires de ses ambitions diplomatiques. Pis, le pays est bradé, et les hydrocarbures, richesses nationales, sont confisqués par quelques oligarques aidés par des compagnies occidentales. Les Etats-Unis en profitent, et parviennent à établir une influence durable en Asie centrale et dans le Sud-Caucase.

En 2000, l’arrivée au Kremlin de Vladimir Poutine change la donne. Son objectif : renverser la tendance. Les oligarques sont remis au pas, certaines fois violemment, et les hydrocarbures redeviennent propriété nationale. Riche des devises de ses pétrole et gaz, Moscou retrouve les moyens de ses ambitions.

Pour l’instant, l’Azerbaïdjan continue d’être à l’origine de nombreux projets d’évacuation des hydrocarbures, et la Géorgie a acquis depuis quelques années une importance stratégique aux yeux de Washington. L’Arménie, isolée dans la région par un blocus que contrôlent l’Azerbaïdjan et la Turquie, a quant à elle été intégrée par le Kremlin au sein d’un axe Moscou – Téhéran, prometteur…


Le Caucase du Sud : Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan. Situé stratégiquement entre la Russie, l'Europe, le Proche-Orient et l'Asie centrale, le Caucase du Sud est soumis, après seize années d'indépendance, à une pression géopolitique si forte que l'on parle d'une guerre froide d'un nouveau genre. Les frontières y sont nombreuses. Energétiques, d'abord, avec le BTC, vital pipeline, sous parrainage des Etats-Unis, qui relie les champs pétrolifères de l'Azerbaïdjan à la Turquie. Stratégiques, ensuite, avec le dangereux carrefour de l'axe ouest-est, qui unit Washington, Istanbul et Bakou, et de la ligne nord-sud, qui lie Moscou à Téhéran via Erevan.

Les tensions entre la Géorgie et la Russie, les crises non résolues dans le Haut-Karabakh, en Abkhazie et en Ossétie du Sud, la guerre du gaz, les rivalités pétrolières entre les États-Unis et la Russie, le processus d'intégration de la Turquie à l'Union européenne et la crise Iranienne perturbent fortement les projets de redressement et les révolutions « colorées » lancés à la sortie de l’ère soviétique. Le Caucase du sud, une région instable devenue un corridor énergétique, est un enjeu clé de la sécurité mondiale.

En 1991 la Georgie retrouve son indépendance au milieu d’une très grande tourmente. La présidence sévère du pro-russe Edouard Chevardnadze dure près de dix ans, et l'arrivée au pouvoir de Mikheil Saakachvili en 2004 ouvre une apparente ère de réformes et de démocratie pour la Géorgie. Une position stratégique, car située entre l’Europe et l’Asie, la Géorgie est convoitée par les super-puissances. Les Etats Unis ne cessent de se rapprocher du pays, et la Russie, désireuse de contrôler la Géorgie, s'efforce de décortiquer la contrée. À la suite d'une guerre-éclair contre Moscou, en août 2008, la Géorgie perd dans les faits l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, soit près du tiers de son territoire, au profit de sa puissante voisine. Enjeu majeur de toutes ces luttes : le corridor énergétique de transport est-ouest. Un instrument clef de la stratégie des États-Unis dans la région de la mer Caspienne. Le corridor repose sur deux composantes essentielles. Il s’agit, en ce qui concerne l’Azerbaïdjan, de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan et du gazoduc Bakou-Erzerum, et, en ce qui concerne le Kazakhstan et le Turkménistan, des projets transcaspiens d’oléoduc et de gazoduc. Ces voies présentent l’intérêt, selon l’administration américaine, de consolider l’indépendance des républiques d’Asie centrale, de diversifier les routes d’exportations et d’éviter les détroits du Bosphore, considérés par la Turquie comme surchargés en terme de transit de pétroliers.

Alors direction le Caucase, son pétrole, ses pipelines, son corridor énergétique, ses frontières et ses guerres.

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